Get Adobe Flash player

Histoire de l'église de l'île aux marins

Période antérieure à 1872

Le 6 août 1845, une lettre officielle, signée Délecluse, capitaine de Corvette et Commandant des Iles, fait savoir à Monsieur Paturel D'Aigrement, armateur à Granville et négociant à l'Ile aux Chiens, que sa demande d'adjoindre une chapelle à sa demeure, située à la Pointe Leconte, est prise en considération.

Le 15 août suivant, le Préfet Apostolique Mgr Charlot procède à la bénédiction de Notre-Dame des Victoires, chapelle, tient à préciser l'autographe de Monseigneur, "pour y célébrer l'Office Divin autant que possible".

Après une demande en date du 11 juillet 1847, une cloche "pour annoncer les offices" est baptisée du nom de Camille et Marie-Amélie, prénoms respectifs de M. Filleau et de Mlle Délecluze.

A cette époque, l'Ile aux Marins compte 576 habitants. Le prêtre ne se déplaçait de Saint-Pierre que le dimanche et autres jours de fête "sil le temps le permettait". La population soumet donc à l'autorité religieuse une nouvelle requête visant à l'installation à demeure d'un officiant. Elle a dailleurs tôt fait de rassembler le matériel lithurgique nécessaire, complété largement et très vite par Mgr Charlot lui-même et par Mme d'Aigremont. Le projet pourtant avorte, la colonie ne pouvant y satisfaire financièrement, et l'Ile doit se contenter, pour quelques années encore d'un "vicaire de passage".

Etablissement de la paroisse de Notre-Dame des Marins (1874)

Alors que la population de l'Ile aux Chiens n'a cessé d'augmenter, il devient indispensable de mettre en place une véritable structure lui permettant de pratiquer plus aisément ses convictions catholiques.

La première démarche entreprise fut la nomination d'un curé. Le choix se porte tout naturellement sur l'Abbé Etienne Guéguen qui avait déjà pris contact avec sa nouvelle paroisse comme prêtre "occasionnel". Il était arrivé à Saint-Pierre le 1er juin 1865, puis officia à Miquelon du 11 mai 1866 au 4 mars 1867 date à laquelle il est remplacé par M. Guillot. Enfin le 15 octobre 1874 il est nommé premier curé de l'Ile aux Chiens.

Le choix de l'emplacement de la construction de l'église est proposé le 16 novembre 1872 et approuvé le 21 janvier 1873 par le conseil d'administration qui alloue une première somme de cinq cents francs et qui décide de l'utilisation des locaux de la gendarmerie comme presbytère provisoire.

De manière totalement providentielle, l'autorité maritime mit à la disposition de l'abbé la première main d'oeuvre formée des marins de la Minerve. Puis le problème des fondations ayant ainsi été résolu, l'exécution du "gros-oeuvre" fut confiée à Mr Pierre Dérouet, armateur-constructeur diplômé de la ville de Saint-Malo et qui représentait sur l'Ile la direction de la Morue Française. Pourtant, par souci d'économie, Etienne Guéguen, excellent charpentier-menuisier lui-même, prit à son compte la finition des travaux d'aménagement intérieur, aidé en cela par ses paroissiens. Même le Chemin de Croix fut peint localement par Mr Lemoine, sourd et muet mais dans tout le génie de son talent.

Tout était enfin prêt pour l'inauguration fixée au 18 octobre 1874. La cérémonie fut faite ne présence de toutes les autorités religieuses et civiles de la colonie, de la population de l'Ile dans son ensemble et d'une partie des habitants de Saint-Pierre. Voici la relation qu'en fait un témoin :

"Quelle joie pour tous les habitants de l'Ile qui voient la réalisation de leurs plus ardents désirs ! Sant doute le temple de Dieu est-il partout : la nature entière retentit incessamment de son hymne d'amour envers son auteur, mais il n'y a pas lieu de consacrer des endroits particuliers où le culte du Créateur de toutes choses fût spécialement célébré, dans le but d'édifier les fidèles et d'offrir aux incroyants le spectacle de la foi des âmes chrétinnes ?
L'église que nous inaugurons est dans la ligne des "Gestes" des Patriarches, du peuple de Dieu, de Salomon, des bâtisseurs de cathédrales ...
Quel réconfort, pour nous, femmes et enfants de pêcheurs qui, si souvent, avons à trembler pour l'existence d'êtres chers ! Désormais vous posséderez un autel au pied duquel vous pourrez invoquer la Mère des Miséricordes et l'implorer pour toutes vos nécessités.
Au milieu de vous, désormais, résidera le Pasteur qui viendra s'asseoir au chevet des mourants, comme aussi se reposer sur l'escabeau du pauvre, et leur apporter les consolations de son saint ministère."

Une quête pour les besoins de l'église a été faite par Mme Joubert et Monsieur l'Ordonnateur et dont le produit a atteint mille francs.

A 12h30, la cérémonie était terminée, et à 14h00, la chaloupe à vapeur continuait à remorquer de nombreuses embarcations de Saint-Pierre.

Le 10 septembre 1890, l'abbé Guéguen s'embarqua à bord de l'Indre pour rentrer en France où une pétition au Ministre de la Marine et des Colonies l'avait précédé pour solliciter l'attribution de la croix de la légion d'honneur.

Les premiers enfants de coeur furent Paul Guillaume, Paul Nouvel, Henri Poirier et Louis Legentil.

- Le premier baptême eut lieu le 26 décembre 1874 pour Joséphine, Léontine Poirier, fille de Pierre et de Marie Bouillon.
- Le premier mariage eut lieu le 14 octobre 1875 entre Jean, François Provost, né à Champcey et Constance, Marie Painchault, née à Saint-Pierre.
- La première sépulture eut lieu le 26 janvier 1875 pour Joséphine, Léontine Poirier, déclarée plus haut.

Citons ici, même si leur impulsion au sein de la communauté reste sans aucune mesure avec celle du premier curé, les noms du R.P. Cadoret (qui conduisit Néel au cimetière), de l'Abbé J.B. Métayer (dont le nom est retranscrit sur l'une des plaques de marbre de l'église), des Abbés Bracq et Rocher et du R.P. Sales, ses successeurs. On ne mentionne à cette époque que la "donation gratuite, le 16 juin 1892, à la Fabrique de l'Ile (le Conseil de Fabrique ou Fabrique était une organisation de 12 paroissiens chargée d'administrer, avec le prêtre, la vie de l'église) d'un terrain de 25m² pour l'érection d'une statue de la Très Sainte Vierge".

Après avoir décrit largement la personnalité d'Etienne Guéguen, intéressons-nous maintenant à cette autre figure que fut le Révérend Père Lavolé, qui nous avons déjà cité et qui marqua de manière indélébile le souvenir de ses paroissiens lors de son ministère entre 1916 et 1928.

Yves Lavolé était un breton du finistère "aussi solide que le granit de son pays" et animé "d'une foi propre à soulever des montagnes". Son ministère d'une part, son tempérament d'une intense activité d'autre part, le poussaient à s'occuper de la jeunesse de l'Ile, en particulier pendant la saison hivernale. A cette fin, il fonda un patronage, l'Etoile, dont les activités, en salle, se confirmaient dans un baraquement désaffecté qu'il remit en état.

 

Après de longues réflexions confirmant son esprit d'avant-garde, il décida de faire jouer par ses jeunes le fameux drame du Cardinal Wisemann : "Fabiola ou l'Eglise des Catacombes" qui relate de façon saisissante la lutte et le martyre des premiers chrétiens. Le problème le plus sérieux quant à la mise en place de cette oeuvre fut le site même de sa représentation. C'est ainsi, qu'après un échange de courrier avec le Préfet Apostolique, autorisation lui était donnée de faire jouer "Fabiola" les 10 et 12 février 1918 à l'intérieur même de Notre-Dame des Marins. Quelques jours plus tard, la troupe se déplaça à Saint-Pierre où le spectacle souleva le même enthousiasme.

Lors du cinquantenaire de l'église, le Père Lavolé eut l'idée de la doter d'une nouvelle cloche, portant ainsi à trois les voix du clocher. Le 15 juin 1924 en eut lieu la bénédiction. Elle fut baptisée Dominica-Emilia des prénoms de ses parrain et marraine : l'Amiral Dominique Gauchet, représenté par Mr Georges Chanot, et Mme Emilie Dufresne, épouse du Maire de la commune.

De même le vaillant curé parvint-il à l'érection canonique de l'église en quasi-paroisse sous l'égide Notre-Dame des Marins et sous le vocable de l'assomption.

Rappelé à Saint-Pierre en 1928, il exerça son ministère pendant 2 ans en qualité d'aumonier des Oeuvres de Mer. C'est l'Abbé Jules Dugast qui lui succéda jusqu'en 1932, puis le Père Jean Cardinal avant l'arrivée du Père Jean Le Bris en 1934.

La décoration intérieure

En pénétrant dans l'Eglise on sent très bien l'importance que prenait la tradition dans le cadre religieux. Ainsi, le large espace vide qui s'étend à l'entrée était couvert par des chaises où siégaient les hommes, alors que les femmes et les enfants occupaient les bancs qu'ils louaient à l'année, sans jamais pourtant laisser paraître une quelconque hiérarchie sociale dans leur ordre. La place des messieurs avait pour avantage de leur permettre de quitter l'office au moment de la communion et d'y revenir ensuite sans perturber toute l'assistance (dixit les dames de l'Ile).

De même retrouve-t-on cette empreinte que les prêtres bretons ont laissé dans l'architecture des lieux de culte qu'ils ont bâti dans les communautés maritimes où ils ont souvent exercé leur ministère. La voûte du plafond se profile, en effet, comme une coque de navire inversée et peinte en bleu.

Suspendue au plafond se trouve la maquette d'un bateau à voiles offerte à l'Abbé Guéguen, reproduction exacte du trois-mâts le "Saint-François d'Assise" qui assura la mission d'assistance aux marins de la Grande Pêche pour la Société des Oeuvres de Mer.

Par chance, l'église de l'Ile aux Marins a pu échapper aux destructions presque iconoclastes de Vatican II (Concile inspiré par Jean XXIII dans les années 1960 et qui modifia le rituel du culte : la messe cessa d'être dite en latin au Maître-Autel et le sermon en chaire pour être faite dans la langue du pays et sur un Autel face au peuple. De même les vêtements sacerdotaux furent changés, la soutane disparut et les matériaux précieux furent échangés avec des formes plus brutes). Ainsi, bien que l'on ait par la suite ajouté un Autel "moderne", elle a gardé les anciens ornements tout comme l'ont d'ailleurs fait les grandes cathédrales européennes. Les bancs des Marguilliers possédaient douze places pour les membres du Conseil de Fabrique. La chaire fut sculptée sur place par un certain Lafosse.

En 1916, le Père Lavolé modifie l'aspect du Choeur en construisant la petite galerie sur laquelle sont désormais placées les statues des saints (elles étaient jusqu'alors placées sur des piliers de bois à travers l'église). On reconnaît de gauche à droite Saint-Etienne, Saint-Marc, Saint-Pierre (dont la légende dit que ses cheveux gris résulteraient d'un pari entre le prêtre et un de ses paroissiens), le Sacré-Coeur, Saint-Augustin, Saint-Louis et Sainte-Léocadie.

C'est également le Père Lavolé qui eut l'idée de couronner la statue de Notre-Dame des Victoires lors de la fête de la Saint-Trinité en 1920. Cette statue, déjà vénérée dans la chapelle de M. D'Aigremont fut remise en état de neuf par les soeurs de Saint-Joseph de Cluny. L'église venait d'être restaurée et fut décorée pour l'occasion. La générosité des femmes de l'Ile, qui avaient procédé à la vente de bijoux pour payer les deux couronnes de la Vierge et de l'Enfant, et la fidélité de la paroisse toute entière avaient contribué à la Bénédiction Apostolique qui avait été accordée le 9 juillet 1917 par le Pape Benoit XV. Aidé par le R.P. Heitz, arrivé de Saint-Pierre la veille pour les confessions, le pasteur ne put que s'émouvoir, tout comme ses paroissiens, lorsqu'il prononça les 12 noms des hommes de l'Ile qui avaient disparu au cours de la Première Guerre Mondiale et lorsqu'il remercia la Saint-Mère d'avoir ramené la plupart de ceux qui s'en étaient allés guerroyer en Europe.

Derrière le Choeur se trouvait la sachristie et une petite chapelle, aujourd'hui disparue, qu'on utilisa surtout l'hiver lorsque la population ne se comptait plus qu'en quelques dizaines.

Le chauffage de l'église n'était pas une mince affaire. Deux calorifères placés de part et d'autre de la nef étaient fournis en charbon dont la trappe est visible entre les deux premiers bancs. Mais il fallait souvent commencer très tôt à activer les 2 fourneaux pour être sûr que le bâtiment soit confortable pour l'office.

De chaque côté du choeur sont maintenues les deux grandes croix de procession, l'une en cuivre, l'autre en bronze ornée de cabochons de pierres précieuses. Celles-ci avaient été offertes par les familles bretonnes des prêtres sur place et sont toutes les deux si lourdes qu'il arrivait qu'on les démonte et qu'on les transporte en deux parties.

L'harmonium qui, par chance, "joue" encore est d'une conception fort curieuse. Alors que la plupart des instruments de ce genre étaient constitués de deux claviers pivotants, celui-ci n'en comporte qu'un qui coulisse pour modifier la tonalité.

Le transept se termine à ses deux extrémités par des chapelles. A gauche, la chapelle Saint-Joseph avec, à droite de la statue, celle de Saint-Roch, pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle, et face à l'autel la maquette d'un doris qui constituait l'élément principal des processions de la Fête des Marins (une Vierge était posée sur le socle intérieur et recouverte de fleurs de papiers). A droite, la chapelle Notre-Dame, la statue de la Matrone étant entouréée de celles de Saint-Anne et de Sainte-Thérèse. Dans ces chapelles, deux petits bancs se distinguent, ceux des "Chaisières", femmes en charge des quêtes.

De retour au fond de l'église, on peut lire la liste de ces douze combattants de la "Guerre de 14" qui ont péri au champ d'honneur.

En ouvrant une petite porte, on découvre cet autre ornement d'avant Vatica II que personne ne regrette et que l'on appelait "Catafalque". Celui-ci servait à transporter à travers la nef les bierres funéraires que l'on recouvrait de velours noir parsemé de larmes blanches (on dressait ce même tissu en chapiteau autour de l'entrée des maisons familiales connaissant un deuil). Les corps étaient transportés depuis la maison jusqu'à l'église sur des barres de bois ou, exceptionnellement, pour les femmes ou les enfants, dans des draps blancs.

C'est une idée bien originale qu'eurent les marins bretons lorsqu'ils offrirent au curé de l'Ile ces deux énormes huîtres ramenées de l'Océan Indien. Placées à l'entrée, elles partagaient à la fois le nom et l'usage de bénitiers.

Saint-Antoine de Padoue, chargé de retrouver les objets perdus, est la seule statue qui soit demeurée sur un pilier.

Enfin, en retrait dans un petit kiosque, les fonds baptismaux s'élèvent, élégants et richement sculptéspar un ébéniste local.

La seule modification apportée à la silhouette extérieure de l'église fut la réduction du clocher, entreprise par le Père Lavolé au début de 1927. En effet, ses deux mètres supplémentaires risquaient, par une trop forte prise au vent, de nuire à la solidité du bâtiment.

 

Aujourd'hui24
Hier42
Cette semaine172
Ce mois1796
Total (depuis l'ouverture du site, le 19-03-2012)97679

Currently are 58 guests online


VCNT - Visitorcounter